Le 4ème jour

Mercredi 16 novembre 2011

La journée commence par le rasage des moines d'un jour. Tous les jeunes membres masculins de la famille - fils, beaux-fils, petits-fils, cousins - vont passer sous les lames des rasoirs pour éliminer toute pilosité de la tête, y compris les sourcils. Puis ils seront vêtus de la tenue safran des moines et se tiendront à la suite des vrais. Le plus grand nombre de moines (vrais ou faux) facilite l’ouverture du chemin qui mène vers Bouddha pour le défunt.
A 13 heures tous les «moines» montent sur l’estrade à côté du cercueil. La famille se tient devant et tous les convives sont assis dans la cour sous les chapiteaux. Commence un heure de prière. Puis l’on charge le bahut et son contenu sur un pick-up de la famille. La fameuse ficelle est déroulée devant le véhicule et tous les moines sur une colonne tienne celle-ci. Tout devant une des filles ouvre la procession avec la flamme d’une lampe à pétrole. une autre présente le portrait du défunt et une des fils à un panier plein de bonbons qu’il jettera comme pour un mariage de chez nous. Les autre membres de la famille tiennent la ficelle après les moines, mais devant le véhicule. Les invités eux suivent derrière ce corbillard du jour. L’effet accordéon qui se produit tout au long du cortège de la maison au crématoire fera que régulièrement, alerté par des cris des participants, ceux de tête stopperont pour permettre de renouer la ficelle qui a rompu. Arrivé au crématoire le cortège fera 3 fois le tour du bâtiment dans le sens contraire des aiguilles d'une montre comme le veut le rituel Bouddhiste pour remonter le temps. Le jet des bonbons provoque de belle bousculade car il n’y a pas que les enfants qui se battent pour en récupérer.
Le cercueil est sorti de son conteneur et est déposé sur le catafalque installé devant la porte du four. La ficelle est attachée à une autre pré-installée qui relie le crématoire à la salle de cérémonie. Dans celle-ci un trentaine de moines (avec chacun une bouteille chère à Michaël Jackson: Pepsi Cola), plus les faux, font face sur une estrade à la famille et dignitaires du village ou du district. Les autres, les amis sont groupé à l’ombre des arbres dans la cour. Les prières sont entrecoupées d’échange de cadeaux. Le majordome appelle un groupe qui vient les bras chargés pour offrir à un autre groupe. L’usage de la langue thaï ne me permet pas de saisir qui est qui dans ces échanges. Bien que tout cela soit empreint de religieux et de divin, il y a une chose cruellement humaine: à tour de rôle les moines sortent par une porte latéral et relevant leur «ciivara», couleur safran, urinent prosaïquement contre le mur de l’édifice (les effets du Pepsi ?).
A 16 heures, les moines, avec la famille, vont sur le crématoire bénir une dernière fois le corps. Puis se sera le défilé de tous les participants, de près ou de loin, à la cérémonie qui vont déposé une fleur ce qui va finalement recouvrit le corps. Ce seront les filles et fils qui mettront les dernières fleurs. L’employé du crématoire va arroser avec un bidon d’essence le corps et le cercueil. Ce dernier est poussé dans le four, un briquet... la porte est refermée.
Tout le monde lève les yeux sur la 4ème joure cheminée. Et là surprise! Des dizaine d’oiseaux vivant dans la cheminée sortent, dérangés par le feu, suivi par la fumée. L’effet est surréaliste et la clameur des participants le prouvent; c’est l’esprit du mort qui monte aux cieux. A côté du crématoire, les effets personnels du défunt (matelas, habits, etc) sont entassés. Un peu d’essence et le feu... personne ne doit utiliser les affaires du mort. Sa veuve dormira par terre, le matelas aurait pu lui servir dans ma conception de la vie, mais pas dans la leur. A ce sujet, la veuve aura, tout au long de ces journées, eu un rôle passif, à l’écart dirais-je de toute l’organisation (voir ci-dessous l’article: «Les vieilles chiquent le bétel»).
A 17 heures tous les invités se retrouvent à la maison pour un dernier repas très festif. La sono a repris son activité et quelques «anciennes» veulent absolument danser avec moi et je me plie à leur exigence. Puis tout le monde, sauf la proche famille, quittera les lieux.